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Le récit de l'hôpital révèle des enfants disparus, des femmes brutalisées




Anuradha Kher

NEW YORK, 27 oct (IPS) - Longtemps après que les combats dans la région de l'Ituri de la République démocratique du Congo (RDC) ont en grande partie diminué, les populations civiles qui y vivent continuent de faire face à des violences de haut niveau de toutes parts, selon le groupe humanitaire mondial Médecins sans frontières (MSF).

Le conflit de cinq ans, qui a fait rage dans ce pays d'Afrique centrale entre les forces gouvernementales et les différents groupes rebelles, a coûté la vie à environ trois millions de personnes. Malgré un accord de paix et la formation d'un gouvernement de transition en 2003, la menace de la guerre civile demeure.

MSF rapporte des violences sexuelles persistantes, de même que des conséquences humanitaires des opérations militaires en 2007 pour désarmer les milices de la région, selon un rapport publié le 24 octobre et intitulé ''Ituri : Des civils, toujours les premières victimes''.

Christian Captier, directeur exécutif de MSF-Suisse, a déclaré à IPS que les civils payent un lourd tribut à ces opérations de pacification. ''Ils sont accusés par chaque groupe belligérant de supporter l'autre camp et sont par conséquent les victimes de représailles aveugles ou des actions punitives'', a-t-il dit.

Le rapport est fondé sur des données rassemblées sur quatre années de fourniture d'assistance médicale dans la région, au cours desquelles MSF a traité 7.400 victimes de viol à l'hôpital Bon Marché à Bunia, la capitale du district de l'Ituri -- plus du tiers admis pendant les 18 derniers mois. La plupart des victimes sont des femmes et des filles, mais 2 à 4 pour cent sont des hommes et de jeunes garçons.

Malgré une atténuation générale de la violence dans l'Ituri au cours des trois dernières années, MSF déclare que son personnel soignant continue d'examiner 15 à 120 personnes par mois qui ont subi des violences sexuelles.

''D'autres formes de violence sont également associées à ces agressions sexuelles, notamment des actes d'humiliation et de torture. Une patiente sur cinq affirme avoir été tenue en captivité entre deux jours et plusieurs années'', a indiqué Bruno Jochum, directeur des opérations de MSF.

En mai 2003, au milieu des combats violents entre les milices, MSF a créé l'hôpital Bon Marché pour pratiquer des chirurgies d'urgence et offrir des soins de santé internes et externes aux femmes et aux enfants. Au cours des quatre dernières années, l'hôpital a fait un total de 198.072 consultations externes, dont 96.874 pour les enfants en dessous de cinq ans.

Pendant la même période, le personnel de Bon Marché a reçu et hospitalisé 42.405 malades, pratiqué plus de 24.900 opérations chirurgicales et aidé à délivrer 7.090 bébés. Le rapport est basé sur ces données médicales rassemblées par MSF depuis 2003.

''Avec ce rapport, MSF espère susciter une compréhension de ce problème alarmant. Des gens ont tendance à dire que des choses sont retournées à la normale. Mais nous ne voulons pas que les gens oublient que les besoins de la population ne sont pas encore couverts. Nous ne voulons pas que cette région soit oubliée et abandonnée''.

MSF indique que les opérations militaires liées au processus de désarmement sont toujours une source de violences directes à l'encontre des populations civiles, notamment des viols, la brutalité, la destruction des maisons, le pillage et les déplacements. Dans le village de Laudjo, 85 pour cent des maisons ont été détruites pendant les offensives militaires du début de 2007. La violence y est la cause principale de la mort des personnes âgées de plus de cinq ans.

Dans la région de Djugu dans le territoire de l'Ituri, la violence a provoqué la fuite de dizaines de milliers de personnes qui tentent simplement maintenant de survivre. Aujourd'hui dans l'Ituri, 150.000 personnes déplacées à l'intérieur de leur pays (PDIP) ne peuvent toujours pas rentrer chez elles. Dans un état de dénuement total, elles demeurent vulnérables aux abus et aux agressions, et dépendent en grande partie de l'aide humanitaire jusqu'à ce que les conditions soient réunies pour un retour sans risque dans leur lieu d'origine.

Dans la zone de Laudjo, une étude conduite par Epicentre, l'organe de recherche épidémiologique de MSF, a découvert que le tiers des enfants de zéro à quatre ans sont portés disparus, reflétant les effets désastreux de plusieurs années de conflit armé et de perturbation des services de santé.

L'extension des soins de santé et des services sociaux à travers des soins médicaux et mentaux adaptés est d'une nécessité absolue dans l'Ituri, indique le rapport. Confrontées aux populations vivant dans une souffrance atroce, les autorités locales doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour mettre fin à toute sorte de violence, puisque la reprise des combats acharnés dans le Kivu, juste au sud de l'Ituri, illustre la grande instabilité qui règne dans l'est du pays.

Quant aux violences perpétrées par les différents groupes armés, MSF dit qu'il revient directement au gouvernement congolais et indirectement aux pays qui les soutiennent de prendre des mesures nécessaires pour réduire le nombre d'incidents et protéger les citoyens du pays.

Bien que le nombre de viols commis par les hommes armés ait baissé en 2007, le rapport a averti que cette baisse pourrait simplement refléter une réduction dans l'intensité des actions militaires plutôt qu'une amélioration de leur comportement pendant les périodes des combats.

Depuis 2003, les équipes médicales de MSF à l'hôpital Bon Marché alertent sans cesse la communauté internationale sur la situation que vivent les populations de la région et les difficultés pour leur fournir une aide humanitaire.

''A travers ce rapport, nous espérons susciter la prise de conscience et la réaction qui aideront le pays à renforcer ses propres capacités'', a déclaré Captier. ''Notre mission première est bien sûr de cicatriser les blessures, mais nous écoutons également les histoires des gens. Derrière chaque numéro, se trouve une histoire horrible''.

Le rapport est émaillé de témoignages personnels des victimes tels qu'enregistrés par le personnel de MSF.

''J'étais en route pour (endroit X) à Bunia où mon père vit. Quand je suis arrivée à (endroit Y), trois garçons sont sortis de la brousse et m'ont tirée dans la brousse'', raconte dans le rapport une fille de 16 ans agressée par un ancien milicien cette année.

''L'un a couvert ma bouche quand deux personnes m'ont déshabillée. Ensuite, le deuxième garçon m'a maintenue au sol pendant que le troisième me violait. Tous les trois m'ont violée tour à tour, puis deux d'entre eux m'ont demandé si je les connaissais, et je leur ai dit non. L'un d'entre eux m'a amenée dans la maison de son oncle (endroit Z) où il m'a violée chaque jour pendant deux semaines''.

''L'un des trois garçons avait des fusils, mais celui qui m'a tenue en captivité avait un couteau. Mon père est venu me chercher mardi et m'a amenée au centre de santé''. (FIN/IPS/WD/AF/CT/HE/HD/WO/IP/PR/MD/TRA-EN/OA/AK/KS/AIT/07)